Publié le mercredi 07 décembre 2011 à 03H00
Pascale Panchou : « La Calédonie a besoin de quelque chose d’adapté et de très autonome qui nous ressemble ».
- Les Nouvelles calédoniennes : Vous avez tenu une assemblée générale extraordinaire samedi matin, qu’en est-il sorti ?
Pascale Panchou, présidente des associations Case départ et l’Accueil : Nous nous sommes réunis, à la fois l’association l’Accueil, qui regroupe les centres Macadam et Case Départ sur Dumbéa, et l’association Abri et partage. Le but de ces assemblées était de procéder à une absorption-fusion d’Abri et partage par l’Accueil. D’un autre côté, on voulait donner un envol et une autonomie complète à Case départ en créant l’association Case départ qui est désormais bien distincte.
- D’où vient ce besoin de vous restructurer ?
C’est un besoin de regroupement et de redéploiement. Au fond, l’insertion par l’économique n’est pas encadrée. C’était une disposition du code du travail calédonien qui n’a pas été réintroduite lors de sa refonte. Elle était ancienne et concernait presque uniquement Active, la seule entreprise de réinsertion dont l’objet correspond véritablement à ses activités. Mais aujourd’hui, légalement, on n’a plus rien. Cela fait longtemps que l’on dit qu’il faudrait revoir cette délibération qui met en place les entreprises d’insertion. Qu’il faudrait la revoir, l’amender et la dépoussiérer. Mais au moment de la refonte du code, elle a carrément sauté.
- Quel est votre objectif ?
Notre but, et c’est un sacré défi, est d’offrir une nouvelle démarche de formation, en dehors de ce qui existe déjà dans la formation professionnelle, qui donne des résultats médiocres. Nous allons proposer une insertion au travers de la certification, la préformation tout en accompagnant les gens dans l’entreprise. Les personnes seront accompagnées jusqu’au bout et dans un cadre juridique : la potentielle loi sur laquelle travaille le gouvernement depuis quelques mois. Elle permettrait de donner des moyens à l’entreprise accueillante qui devra déployer des efforts, mais aussi de créer des contrats de travail un peu spéciaux avec pour objectif l’intégration. La Calédonie n’a pas besoin d’un copier-coller de Métropole. Elle a besoin de quelque chose d’adapté et de très autonome qui nous ressemble.
- Votre public ne serait plus seulement les sans domicile fixe ?
L’objectif
est de continuer d’accueillir les SDF et de s’ouvrir à une autre
population qui est sortie du système éducatif et que le monde de la
formation traditionnelle n’arrive pas à capter ou à garder, parce que
les formations ne sont pas adaptées. L’idée est de créer un tremplin
pour tous ces laissés-pour-compte qui sont nombreux. Nous avons fait une
enquête, l’année dernière, sur l’insertion par l’économique pour
asseoir notre projet. On estime qu’il y a environ
10 000 à 12 000 jeunes qui sont hors circuit ou proches de l’être. C’est énorme.
- La structure de Dumbéa est amenée à s’agrandir ?
Elle va effectivement se développer. Les productions avicoles, agricoles et apicoles seront élargies pour donner davantage de boulot. Pour l’atelier bois, il faudra faire une mise aux normes complète pour accueillir des travailleurs et plus seulement des stagiaires. Cela nous permettra d’assurer les commandes. Aujourd’hui, nous sommes par exemple les seuls à fabriquer des composteurs en bois et notre marché commence à se développer. L’association se donne trois ans pour voir comment les choses vont évoluer et mettre en place ses premiers chantiers et ses premiers centres de préqualification. Le site de Dumbéa a vocation à être un site expérimental. Après, des petites Cases départ pourraient fleurir partout, dans tout le pays.
- L’augmentation des productions est-elle un moyen d’arriver à l’autosuffisance financière ?
C’est le but. Nous avons aussi l’idée de créer un label d’économie sociale et solidaire. L’idée du système coopératif ou de ce label pourrait par exemple se traduire par la présence de poulets « économie sociale et solidaire » en tête des gondoles des grandes surfaces. En plus, ils ne sont pas chers et élevés au grain. Il y a de réelles possibilités là-dessus et l’on peut être crédibles. Mais on ne peut pas le faire sans renforcer les débouchés qui nous permettent d’écouler nos travaux. Plus on aura renforcé ces débouchés et plus on pourra accueillir de travailleurs. C’est important cette notion de travailleur, parce que c’est valorisant. Ce n’est pas de l’occupationnel comme on a eu tendance à le voir.
- Ce soutien des institutions, l’avez-vous aujourd’hui ?
Paradoxalement, oui, alors que nous crions famine. Lors de l’assemblée générale, Pierre Garcia, le directeur du travail était présent et soutient notre projet au titre de l’emploi. Sylvie Robineau était également là et nous avons reçu Georges Mandaoué en charge de l’insertion professionnelle au gouvernement. Il a été impressionné par ce que nous avons réussi à faire à Dumbéa avec nos petits moyens. Tous les chemins sont bons pour permettre le retour à l’emploi et on peut en trouver un autre. Un qui n’existe pas encore. Il y a un diagnostic sur la formation professionnelle qui a été fait récemment sur les catégories 5 et 6 (niveau CAP et en dessous). Le bilan, c’est 4 milliards d’investissements pour 500 personnes formées. Il y a, semble-t-il, 7 000 demandeurs d’emplois, 1 500 que l’on arrive tant bien que mal à caser dans les filières et, au bout du compte, 500 qui en sortent…
Dans l’attente financière
L’assemblée générale de samedi clôt une semaine mouvementée. Les comptes de l’Accueil sont dans le rouge. Ils affichent un découvert de 11 millions de francs pour des subventions à percevoir de 21 millions. Les salariés risquent de ne pas être payés ce mois-ci et le centre Macadam a dû fermer le dimanche. L’association est plutôt sereine sur le fait que l’argent sera versé, mais elle s’inquiète de la date de versement. « On a appris que le payeur avait décidé de ne payer aucune des subventions qui sont arrivées après le 4 novembre ce qui est le cas pour une centaine d’associations, explique la présidente de l’Accueil et de la Case départ. Le versement ne pourra être validé qu’après la séance du Congrès du 10 décembre, sous-entendant trois semaines de mandatement. On pourrait alors être payé le 15 janvier pour une subvention votée en avril 2011 ! »Propos recueillis par Mathurin Derel












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